Voyage photo au Ladakh - Retour de séjour 2025
Pour cette huitième édition de notre voyage photo au Ladakh à la recherche de la panthère des neiges, c’est en groupe restreint de quatre participants que nous atterrissons ce 12 février 2025 sur l’unique piste du Bakula Rinpoche Airport à Leh. Nos bagages récupérés, nous retrouvons avec joie Tashi et nos deux chauffeurs Norbu et Namgyal, direction notre guesthouse pour un repos bien mérité !
Rituel de l’altitude
L’acclimatation à l’altitude est une des clés de réussite pour espérer photographier la panthère des neiges. Leh est à 3500m, ensuite notre voyage se déroule entre 4000 et 5300m. Autant dire qu’il ne faut pas prendre ça à la légère, ni trop s’inquiéter… L’acclimatation demande du repos, une très bonne hydratation et surtout du temps. C’est pourquoi notre voyage photo au Ladakh se déroule sur 17 jours sur place, afin de prendre le temps nécessaire pour s’acclimater et faire des photos de la faune trans-himalayenne que nous convoitons. Balades dans le centre-ville et sorties ornitho le long de l’Indus permettent de passer agréablement les deux premiers jours et d’observer quelques espèces emblématiques telles que le Bec d’Ibis tibétain ou le Rouge-queue de Güldenstädt.

Chemrey gompa
Premier lynx
Au troisième jour, nous partons en voiture pour une excursion en altitude, sans effort, juste pour stimuler un peu notre corps. Direction la route du Wari-la, un col qui permet de traverser la chaîne du Ladakh. Nous montons jusqu’à près de 4800m. Le vallon est plutôt enneigé et les oiseaux sont bien présents : Alouette haussecol, Roselin de Brant, Perdrix choukar, Crave à bec rouge ou Gypaète barbu.
Chamba, notre guide naturaliste, scrute les pentes, il sait qu’un lynx fréquente le secteur ce derniers temps. Mais à part quelques traces de loup, point de félin. Alors que nous redescendons, c’est Jigmet, un naturaliste que nous avons croisé et que je connais bien qui nous appelle : le lynx est repéré, pas très loin. Un savant demi-tour et quelques minutes plus tard, nous assistons à notre première observation majeure : une femelle lynx déambule tranquillement et parallèlement à la petite route. Elle est à peine à une centaine de mètres, se couche par deux fois, toute à sa confiance. Régulièrement, elle se tourne vers nous, comme pour nous dire : « vous voulez ma photo ? ». Après une petite dizaine de minutes, elle décide de nous quitter et disparait dans le versant montagneux. Le voyage commence très fort !

Lynx femelle, Wari-la
Direction Rumbak
Nous voilà désormais à peu près habitués à l’altitude. Nous rejoignons donc le petit village montagnard de Rumbak dans le parc national de Hemis. Nous sommes au cœur d’une zone très favorable pour photographier la panthère des neiges. Nous nous installons tous chez Tsering, que je connais bien depuis toutes ces années. Nous sommes très heureux de nous revoir ! Après un bon repas, nous avons prévu de passer notre premier après-midi au « viewpoint », le spot en contrebas du village, d’où s’ouvrent les diverses vallées. C’est de ce point d’observation principal que nous allons rechercher la panthère des neiges et c’est souvent un jeu de patience !
Photographier la panthère des neiges, un rêve devenu réalité !
Assez vite, une panthère des neiges est repérée sur une crête qui nous domine d’environ 500 ou 600m. Le ciel est couvert, ce qui est un avantage important car nous échappons au voile de chaleur qui floute souvent nos photos dès que le sujet est lointain. La panthère descend sur la crête, sa silhouette caractéristique se détache à merveille. Elle s’arrête à mi-pente, part vers la droite, puis se ravise et entame sa descente vers la gauche. J’ai à ce moment l’intuition que cette panthère des neiges va très probablement changer de massif et traverser la vallée à son point le plus étroit, quelques centaines de mètres en aval de notre position. Après un rapide échange stratégique avec Chamba, nous décidons de tenter le tout pour le tout et nous descendons à l’entrée des gorges. L’idée est d’être proche du point par lequel la panthère traversera, tout en prenant garde à ne pas lui barrer le chemin.

Panthère des neiges
Elle est allée bien plus vite que je ne l’imaginais et quand nous arrivons, elle est déjà sur le nouveau versant, à environ 80m de nous. Elle nous regarde, puis reprend tranquillement son ascension, marquant quelques pauses. Nos boitiers crépitent, ne pas oublier de monter les iso, il commence à faire sombre dans cette gorge encaissée. Elle disparait un instant, puis réapparait sous une paroi rocheuse, suivant une ligne de faille dans laquelle elle se glisse avec grâce et puissance. Un dernier regard vers ces drôles de bipèdes cyclopes qui s’exclament derrière leur « œil-objectif ». Enfin elle nous échappe, et s’en retourne sur sa montagne.

Panthère des neiges
Tout est allé assez vite, et il n’était pas si évident de repérer la panthère des neiges sur les pentes pierreuses. La proximité était pourtant exceptionnelle, mais cet animal mérite vraiment sa réputation de fantôme et son camouflage est incroyable.
Le lendemain, cette même panthère reviendra près de l’entrée des gorges. Nous l’observerons à l’affût, couchée sur un ruisseau gelé, surveillant quelques bharals dont elle ferait bien son casse-croûte. Elle tentera une approche et c’est à posteriori que de découvrirai sa tête dépassant d’un talus sur une photo du groupe de bharals en alerte !
Nouveau lynx
Le jour suivant, nous apprenons qu’un lynx a tué un bharal juste au-dessus de Yuruste, la dernière habitation de la vallée, en direction du col de Ganda-la. Nous décidons de monter voir. En arrivant, il y a déjà quelques photographes, indiens et britanniques et le lynx n’est plus sur sa proie. Plutôt que de rester là, nous décidons de dépasser le secteur de la prédation pour monter doucement en direction du Ganda-la. C’est alors que nous tombons sur un jeune loup du Tibet et il ne nous a pas encore vu. Nous prenons quelques photos, puis le loup nous sent. Il nous scrute avec une pointe d’interrogation et file sans demander son reste. Nous profitons du paysage majestueux, avec l’imposant Stok Kangri et ses 6090m, avant de redescendre sur Yuruste.

Loup du Tibet, Gypaète barbu, et Bharal
Avant d’arriver proche du lieu de prédation, Chamba interroge par radio les spotters des autres groupes. Le lynx est de retour et consomme le bharal. C’est donc avec beaucoup de précautions et en silence que nous nous glissons sur le sentier pour nous installer dans les terrasses de culture pour photographier ce lynx. Durant presque deux heures, nous allons profiter d’une observation encore une fois incroyable !! Le lynx, à une petite centaine de mètres, se délecte de la chair du bharal. Il consomme tranquillement sa proie, prenant régulièrement de petites pauses pour nous jeter un regard plein de défi, tout en se pourléchant les babines ensanglantées. L’estomac bien rempli, il remonte tranquillement sur le versant pour aller digérer. Nous redescendons heureux, mais la journée n’est pas terminée.

Lynx consommant un Bharal
Et encore une panthère des neiges, avec son jeune
De retour au « viewpoint », une panthère des neiges femelle suitée d’un jeune d’environ un an est repérée sur un versant. Tous deux descendent doucement un talweg. À force, nous les perdons de vue. Nous traversons la rivière gelée pour changer d’angle de vue et les deux panthères des neiges sont à nouveaux visibles. Elles sont couchées. Tout à coup la femelle s’élance dans le creux du talweg, elle vient de prédater un bharal. Il fait très sombre et la scène reste assez lointaine, pas idéale pour photographier, mais l’observation naturaliste est superbe !
Direction le Changtang
Après une nuit à Leh et une bonne douche, nous prenons la route plein est, en remontant le cours de l’Indus, direction Hanle et le Changtang. La journée s’égraine avec quelques pauses pour photographier le paysage. Parfois un animal vient s’offrir à nous comme ce Cincle de Pallas sur la rive glacée du fleuve ou cette Bécassine solitaire captée par Chamba alors que nous roulions à bonne allure. Honnêtement, il a une capacité d’observation hors du commun : distinguer une bécassine, oiseau au camouflage parfait, depuis une voiture, comme ça, c’est assez dingue !

Paysage du Changtang
Arrivés à Hanle, nous nous installons dans notre nouveau gîte, impatients de découvrir la faune spécifique du plateau tibétain. L’omniprésence des chiens errants devient vraiment problématique dans beaucoup d’endroits du Ladakh. Ici ce sont les Chats de Pallas, encore appelé Manul et localement R’bilik, qui en font les frais et la belle femelle photographiée l’an passé a été tuée en début d’hiver. Les Chats de Pallas sont très rares, quelques individus dans ce vaste secteur et si aucune mesure n’est rapidement prise pour éliminer les chiens, ils vont disparaitre !
Loups du Tibet et chat de Pallas
Nous parviendrons assez facilement à photographier trois loups du Tibet au prix d’une approche méticuleuse à couvert d’un talus et avec une bonne obstination, nous trouverons un Chat de Pallas. Cette fois-ci, impossible d’approcher sans être repéré. Mais en y allant doucement, nous parviendrons à photographier ce Manul dans d’assez bonnes conditions alors qu’il quitte son terrain de chasse pour regagner l’une de ses caches.

Chat de Pallas
Nous aurons également pas mal de chance avec de beaux groupes de Syrrhaptes du Tibet, un superbe ganga et de magnifiques Roselins striés. Les Kiangs sont omniprésents, mais toujours aussi élégants.

Cincle de Pallas, Roselin strié, Syraphes du Tibet et Alouette haussecol
Gazelles du Tibet et argalis
Une excursion en direction du Norbu-la, tout proche de la frontière avec la Chine, nous permet de rechercher les espèces de haute altitude. Alors que nous photographions des Pikas, notre cuisinier repère un groupe d’Argalis du Tibet. Nous sommes à plus de 4800m, et ce petit troupeau nous domine de plusieurs centaines de mètres. Le soleil est radieux, mais du coup, impossible d’espérer une photo nette avec la brume de chaleur au ras du sol. Nous décidons de tenter une approche en gravissant lentement la pente tout en restant cachés par une bosse. Évidemment, un petit crapahut à cette altitude, même bien acclimaté, c’est un sacré effort ! Vers 5060m, nous avons bien raccourci la distance et nous sortons nos têtes de derrière un gros rocher. Les argalis sont là, mais nous repèrent tout de suite. Le soleil est tellement fort qu’il est impossible de prendre une photo correcte, tant l’air vibre. C’est une grosse contrainte, habituelle ici : l’air est très froid, mais sous les puissantes radiations solaires, une fine couche chauffe au ras du sol et ruine nos désirs d’images bien piquées.

Gazelles du Tibet
Non loin du Norbu-la, à 5300m, nous pourrons approcher de manière raisonnable un groupe de cinq Gazelles du Tibet. La lumière est belle et l’arrière-plan plus sombre est du plus bel effet pour que les gazelles se détachent bien. Hélas, là encore l’air vibre trop et nos photos ne sont pas très concluantes.
Le lendemain, la météo est nettement plus mauvaise, le ciel est chargé, des averses de neiges tombent sur les chaines montagneuses alentours. Nous décidons de remonter au Norbu-la, espérant retrouver les gazelles de la veille. Elles sont toujours là mais l’approche sera moins aisée que la veille. Nous pourrons tout de même réaliser quelques photos, avec un air bien plus stable.
Malgré plusieurs tentatives, nous n’arriverons pas à observer correctement le couple de Renards du Tibet qui vit non loin de Hanle. C’est finalement la seule espèce qui nous aura échappée.
Urials du Ladakh, une fantastique observation !
Nous rentrons à Leh très heureux, avec une très bonne moisson d’images, dont les trois félins que sont la panthère des neiges, le lynx et le chat de Pallas ! Mais nous ne sommes pas encore au bout de nos surprises : à quelques kilomètres de Leh, dans une zone rocheuse dominant la route, un beau groupe d’Urials du Ladakh nous offre un spectacle superbe. Une bonne trentaine de ces « mouflons » endémiques et menacés de disparition gravissent les parois avec une aisance et une agilité stupéfiante. De très beaux mâles, ornés de cornes majestueuses, rivalisent d’adresse, sautant d’un rocher à l’autre. Les conditions de prise de vue sont très bonnes et nous ne boudons pas notre plaisir en photographiant ces urials.

Urial du Ladakh
Retour à Delhi
Ce soir nous partageons un dernier repas avec notre équipe ladakhi. Je suis un peu anxieux car il est prévu de la neige dans la nuit, ce qui peut annuler notre vol retour vers Delhi. Finalement à l’aube, le ciel est bas, mais pas un flocon. Notre vol est toujours annoncé, ouf.
Une fois à Delhi dans les temps, nous disposons de la journée de sécurité pour visiter le parc national de Sultanpur. Cette fois encore, les quelques 5h sur place seront bien remplies, les oiseaux étant partout dans cette grande zone humide. Nous photographions des dizaines d’espèces avec plaisir avant de reprendre l’avion pour l’Europe. Pour la première fois, j’observe un couple de Calao de Gingi, le mâle offrant devant nos yeux un gecko à sa partenaire. S’offrent également à nos yeux les magnifiques Guêpiers d’Orient, les Chevêches brame, un Grand Coucal et des superbes Minivet Oranor !

Drongo royal, Guêpier d’Orient, Chevêche brame et Calao Gingi
En 2026, pour fêter mes 20 années à explorer le Ladakh, je vous propose 2 voyages photo pour observer la panthère des neiges et toute la faune très originale de cette région entre Himalaya et plateau tibétain. Informations -> https://www.unoeilsurlanature.com/project/voyage-photo-ladakh-au-royaume-de-la-panthere-des-neiges/