femelle boeuf musqué à travers les couleurs d'automne durant un voyage photo en Norvège

Voyage photo Dovrefjell, Rondane et Forollhogna - Retour de séjour

Dovrefjell, terre du boeuf musqué

En cette mi-septembre, me voilà de retour dans les montagnes du centre de la Norvège.

Ici, dans le parc national de Dovrefjell, je vais guider mon petit groupe à la rencontre d’un animal aussi mythique que photogénique : le boeuf musqué ! La végétation vient de prendre ses couleurs d’automne, les bouleaux virent à l’or tandis que la toundra se pare d’un camaïeux de roux. Dès notre première randonnée, nous trouvons un beau mâle solitaire près de la rivière Kaldvella. Il est probablement assez vieux, mais il ne manque pas d’impressionner le groupe, qui découvre enfin cette espèce tout droit venue de l’âge glaciaire. N’étant pas du bon côté de la rivière et cet individu étant surtout occupé à sa sieste, nous nous rapprochons un peu d’un groupe d’une dizaine d’individus, sur le flanc d’une petite montagne. Les distances sont toujours trompeuses dans ces vastes espaces et c’est une grande boucle de près de 12km que nous effectuons avant de retrouver notre véhicule. Belle mise en jambe !

Les jours suivants, nous rejoindrons un autre groupe de boeufs musqués composé d’un beau mâle dominant, deux ou trois femelles et quelques jeunes et subadultes. Ils sont nettement moins loin, mais rançon de cette proximité, nous ne serons pas seuls avec les animaux. D’autres personnes, guidées ou non, souhaitent comme nous découvrir ces mammifères à l’allure préhistorique. Ce n’est pas en soit un problème si chacun respecte les animaux en premier lieux, les autres humains en second lieux. Le risque principale de cette situation, c’est de lentement encercler les boeufs musqués, si les différents groupes d’observateurs ne cherchent pas à se coordonner pour se positionner au mieux. Je connais ce risque et je sais que les boeufs musqués n’apprécient pas du tout. Je suis donc sur mes gardes et même si je réalise aussi quelques photos, je reste vigilant, conseillant par moment quelques déplacements stratégiques à mes clients. Il s’agit d’un point essentiel de notre métier de guide : vous mener sur le terrain à la découverte d’espèces passionnantes, mais en responsabilité quand à votre sécurité et au respect que nous devons aux animaux. À nous de veiller au bon déroulement, pour que vous puissiez simplement vivre pleinement l’expérience et vous concentrer sur vos photos.

boeufs musqués de Dovrefjell en automne

mâle dominant de boeuf musqué dans le parc national de Dovrefjell

Snøhetta à l'aube, dans le parc de Dovrefjell

Un détour par le massif de Rondane

Premier parc national de Norvège, créé en 1962 pour protéger un territoire de montagne d’exception, ce massif est un haut lieu de la randonnée pour les norvégiens. Je connaissais la vallée de Døralen pour y être allé en été et je savais que l’automne serai une saison privilégiée pour y faire un crochet. Comme nous passons à proximité avant de poursuivre sur la seconde partie du séjour, nous parcourons la dizaine de kilomètre de cette vallée, par la piste carrossable qui rejoint deux refuges-hôtels. La vallée en elle-même est classée zone de conservation du paysage (LVO en norvégien), rattachée au parc national de Rondane. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce paysage exceptionnel mérite vraiment d’être protégé ! Abritée par des montagnes assez hautes à l’ouest, cette zone est très sèche et le sol y est principalement constitué de graviers grossiers, laissés là par le retrait des glaciers il y a 10 000 à 15 000 ans. La végétation y est donc particulière, avec des boisements de bouleaux clairsemés, ponctués ça et là de vieux pins sylvestres. Les conditions pédoclimatiques ne sont pas propices à l’herbe et c’est donc un gigantesque tapis de lichen qui couvre le sol. Ces lichens du genre Cladonia sont une nourriture appréciée des rennes sauvages, qui fréquentent toujours le massif de Rondane et passent parfois encore dans la Døralen.

Les couleurs d’automne sont à leurs combles et si le jaune prédomine, c’est pour mieux faire ressortir les taches pourpres des éricacées et le gris des roches. En ce milieu de journée la lumière n’est pas la meilleure, mais le paysage est tellement beau que nous sommes tous subjugués par la beauté sauvage des lieux. Une chose est sûre, il faudra prévoir plus de temps pour cette vallée, elle vaut vraiment le détour !

paysage de la Døralen, dans le parc national de Rondane

couleurs d'automne de la Døralen, massif de Rondane en Norvège

Forollhogna, la frustration

La seconde partie de ce voyage photo en Norvège était prévue dans le secteur sud du parc national de Forollhogna, réputé pour ces belles hardes de rennes sauvages, dont les mâles sont particulièrement robustes. J’y avais effectué une reconnaissance fructueuse en 2016 et après pas mal d’années d’attente, j’avais enfin décidé d’y monter un séjour. Mais peu de temps avant le départ, j’apprends qu’une nouvelle réglementation est à l’oeuvre : les sorties guidées sont soumises à autorisation. En urgence, je sollicite l’administration du parc national. Le verdict tombe, autorisation refusée, motivée par une volonté de limiter le dérangement sur ces animaux particulièrement farouches. J’apprendrais plus tard qu’il est désormais interdit de guider des sorties pour observer les rennes sauvages, dans l’ensemble des parcs nationaux norvégiens. Je suis très frustré et ennuyé pour mon groupe, qui venait en voyage pour photographier les boeufs musqués et les rennes sauvages. Je comprends la raison de celle règle, mais avec un peu d’amertume quand je pense qu’au moment où il nous est interdit de pénétrer dans le parc national de Forollhogna, des chasseurs seront quant à eux autorisés à tuer un certain nombre de rennes, pour “gérer la population”. En Norvège comme en France, la gestion des espèces se fait à coups de fusil et bien que le renne sauvage soit classé sur la liste rouge, les autorités norvégiennes pour des raisons complexes mais à mon avis discutables, maintiennent un plan de chasse.

Nous nous consolons car la région est bien peuplée en élans et ce grand ongulé forestier fera un très bon remplaçant du renne sauvage. La personne qui nous accueille dans notre hébergement nous confie que les élans sont partout ici, souvent dans les prés au crépuscule. Et bien quand la malchance nous poursuit, malgré d’intenses efforts de prospection, nous n’observerons aucun élan. Enfin si, le dernier soir en allant manger à la ville la plus proche, mais il fait nuit noire.

En revanche, les journées de prospection nous permettent tout de même de trouver trois chouettes épervières différentes, dont deux se laissent relativement bien photographier. Quelle magnifique oiseau, avec ses yeux d’or ! C’est une espèce caractéristique de la zone de transition entre la forêt et la toundra. Elle se perche sur les bouleaux pour guetter les micromammifères qui font son quotidien. Dans les zones plus boisées, nous trouvons en bord de piste un groupe de tétras lyre, puis le surlendemain c’est une femelle de grand tétras que nous observons.

chouette épervière dans la toundra

chouette épervière

Réglementation versus Allemansretten, le paradoxe norvégien

Je vous ai évoqué plus haut mes déboires avec cette interdiction de guider des sorties sur les rennes sauvages. Il faut savoir que la Norvège possède les derniers troupeaux de rennes sauvages d’Europe. C’est donc une grosse responsabilité en terme de conservation pour cette espèce aussi fragile qu’emblématique. Nos ancêtres ont survécu en chassant les rennes alors que la dernière période glaciaire retirait doucement son emprise sur le continent européen. Les norvégiens sont fiers de cette très longue tradition de chasse aux rennes qui revêt une aspect profondément culturel. Comme toutes les espèces confrontées à la chasse, les rennes sont donc très farouches et se détournent des humains, y compris à des distances importantes.

Les autorités en charge de l’environnement, dont les parc nationaux, sont en première ligne pour tenter de maintenir les populations de rennes sauvages, fragmentées par les infrastructures toujours plus envahissantes (routes, habitations, éoliennes). La fréquentation grandissante des espaces naturels par les randonneurs norvégiens et étrangers apporte sont lot de dérangement bien involontaire mais parfaitement quantifié. Dans le PN de Rondane, où des rennes des différents troupeaux portent depuis des années des colliers gps, les données sont claires, les rennes évitent les zones fréquentées par les randonneurs, ce qui fragmente encore leur habitat.

Hors il existe en Norvège un droit fondamental : le allemansretten. Il s’agit d’un droit d’accès à la nature, qui garantit à chacun la liberté d’aller et venir dans les espaces non clos et non cultivés. Ce droit est actuellement un véritable caillou dans la chaussure des autorités, qui ne peuvent pas interdire aux personnes de se promener dans la nature. Mais un groupe, guidé par un professionnel, ce n’est plus un simple citoyen et cette activité professionnelle donc lucrative peut être réglementée. C’est ainsi que de manière un peu paradoxale, n’importe qui peut partir, seul ou entre amis, en randonnée pour photographier des rennes mais que je me suis vu refuser ma demande d’autorisation à Forollhogna.

Même dans le parc national de Dovrefjell, il faut obtenir un permis de guidage pour prétendre emmener son groupe observer les boeufs musqués. L’idée est de contrôler un peu l’activité des “moskus safari”, mais surtout de nous interdire d’aller là où il y a des rennes sauvages. Ainsi mon permis pour le Dovrefjell stipulait une zone particulière où il m’était formellement interdit de me rendre. Aucun problème pour moi, mais là aussi les rennes de Dovrefjell subissent un plan de chasse. Et en revanche, le permis n’impose aucune taille maximum au groupe. J’ai ainsi observé des collègues norvégiens avec des groupes de 10 à 15 personnes pour observer les boeufs musqués. Ces animaux sont peu farouches, mais quand même, ça ne me semble pas très éthique (pour info j’avais limité mon groupe à 4).

Il y a actuellement en grand débat en Norvège pour remettre en cause le droit d’accès à la nature et permettre ainsi une meilleure protection des espaces de vie des rennes sauvages. Mais pour le moment il y a très peu de voix qui s’élèvent pour remettre en question la chasse de cette espèce menacée. Au contraire, les autorités la légitime au motif qu’il faut limiter la taille des troupeaux pour s’assurer qu’ils trouvent assez à manger et également pour tenter de contenir une nouvelle maladie à prions (le CWD). Je vais creuser le sujet car je ne suis pas vraiment convaincu du bien fondé de ces arguments et de cette méthode de “gestion”. Pour autant, je n’ai pas d’autre choix que de suivre les règles imposées, c’est important pour être pris au sérieux et espérer pouvoir éventuellement un jour porter mon avis dans ce débat.

Et si on voyageait en train?

Avec ce nouveau voyage, j’avais à coeur d’inciter à voyager différemment. Il n’aura échapper à personne que nous avons un petit problème climatique dont nos voyages en avion font partie intégrante. J’avais donc proposé une réduction pour ceux qui viendraient en train jusqu’à Olso. Finalement nous étions 3 sur 4 à choisir l’option du train ! Une belle victoire pour nos bilans carbone, car nous avons évalué les émissions CO2, celles du train étant 90% plus faibles que l’avion. Ce n’est donc clairement pas anodin et ceci compense à mes yeux les deux jours de trajet en train contre une journée en avion.

Nos pass Interrail achetés, nous voilà à naviguer sur le site Interrail pour trouver le meilleur enchainement de trains. Et là l’enfer commence… Le site n’est pas au point, pas à jour. Je constate par exemples sur le site SJ (la compagne suédoise) que le train que je pensais prendre entre Stockholm et Oslo, de nuit, ne roulera pas puisqu’il y a des travaux sur la voie. On a donc des dizaines de site web pour agréger tout les avions du monde et aller n’importe où, mis à jour en temps réel, et personne n’est encore capable de proposer le même service pour les trains ! Mis à part Lucile, nous avons donc jeté l’éponge, à grand regret, pour acheter un billet A/R en avion. Finalement avec la grève des contrôleurs aérien qui tombe pile sur le jour de notre départ, nous devons voler la veille et dormir sur Olso. Bilan de l’opération, nous avons mis autant de temps que si nous étions partis en train. Lucile est arrivée sans problème et elle a trouvé une solution: utiliser l’App de CFF (la “sncf suisse”) pour trouver l’enchainement de trains ad-hoc, là où Interrail n’arrive pas à faire le job correctement.

Alors je vais ré-étudier cette alternative que représente le train pour venir en Norvège. J’espère que nous voyagerons plus nombreux de cette façon. C’est plus long, mais c’est déjà le voyage, le vrai. Et dans le train, personne ne vous dira que votre bagage cabine est trop gros, trop lourd, problème récurrent des photographes.

paysage de Norvège en automne

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