Retour de stage photo en Bretagne

Préambule : réflexions libres sur un atelier photo face à la mer
(lecteur pressé… va directement au paragraphe suivant !)

Prenez une péninsule sauvage empreinte d’histoires marines, tapissée de landes offertes aux vents, de vastes plages et de criques cachées. Un lieu captivant où poser ses valises, où marcher tranquillement chaque jour pour recevoir la mer en cadeau…
C’est l’ambiance que je vous propose dans ce stage photo en Bretagne dédié aux mille et une façons de voir la mer, la ressentir et l’interpréter en photo. Un stage conçu comme un atelier de fabrique d’images, dans le sens artisanal et artistique :
– Artisanal, car il faut souvent allier rigueur et savoir-faire technique pour fabriquer une image, de sa préparation à sa réalisation.
– Artistique, car il faut aussi savoir lâcher prise, laisser aller son imaginaire, oser expérimenter.
Ce sont selon moi deux facettes incontournables de la créativité qu’il faut combiner, explorer ensemble. Ce qu’exprimait magnifiquement Willy Ronis : « La belle image, c’est une géométrie modulée par le cœur ».
C’est dans cette voie qu’il nous faut aller en tant que photographes, car c’est la voie vers des images plus fortes car plus personnelles. Et quoi de plus stimulant que la mer, qui sans cesse brasse, retourne, chavire, pour se laisser inspirer par une autre exploration photographique ?


Personnellement, je vois la créativité en photo comme la confrontation féconde de deux intimités : l’intimité d’un lieu / sujet, dans ses variations subtiles de textures, couleurs, matières, au fil des jours et des lumières, et notre propre intimité, notre regard intérieur. Il faut du temps pour cela, il faut revenir pour mieux voir et changer radicalement d’approche : il ne s’agit plus de « prendre une photo d’un lieu » – fut-elle belle – mais au contraire de se laisser prendre, captiver par le lieu, et se placer dans un désir d’expression et d’interprétation personnelle. Quand je parle d’intimité subtile avec le lieu, je pense aux Nymphéas de Monet, ou à sa série des Cathédrales de Rouen, ou encore à la montagne Sainte-Victoire de Cézanne…
Or dans un stage photo, nous sommes fatalement dans un rapport contraint au temps, souvent sans possibilité de revenir : au pire, on se déplace en véhicule d’un « spot instagram » à un autre, on fait de « belles photos » certes, mais accorde-t-on le temps nécessaire à la « modulation du cœur » chère à Willy Ronis ? Ce que le photographe David Duchemin résume parfaitement d’une formule lapidaire : « Cessez de vous demander si vous faites de bonnes photos. Demandez-vous plutôt quelle part de vous-même vous mettez dans vos photos.»


… Détour par des réflexions un peu éloignées d’un « retour de stage », mais pour moi essentielles dans l’approche photo que j’essaie de partager dans mes stages, et qui m’ont inspirées dans la conception de celui-ci. Je voulais enfin un stage qui donne le temps de ressentir un lieu, de revenir, de changer de regard et d’expérimenter. Après beaucoup de prospection en Bretagne, j’ai trouvé sur la presqu’île de Crozon toutes les conditions favorables à un stage photo de mer : un lieu captivant et inspirant, avec des sites splendides distants de 5 à 15 mn maximum de notre hébergement. Prêts pour le voyage ? Larguez les amarres !

 

Retour de stage en images, photos de nos stagiaires à l’honneur !

Repérage et préparation.

Après une petite révision des réglages et techniques pour la pose longue sur les vagues, nous partons pour un magnifique cimetière de bateaux où nous attendent de vieux langoustiers épuisés posés sur le rivage. Objectif : préparer la photo du lendemain ! L’idée est de réaliser une photo panoramique du lieu pour restituer cette « forêt de coques ». Déambulant entre les coques, chacun cherche un angle, imagine un cadrage. Pour cela rien de mieux qu’un vrai test dans ces conditions de prise de vue faciles : nous sortons les trépieds et commençons nos séries d’images à assembler (7 à 9 images à assembler pour une vision à 180°). De retour au gîte, séance d’assemblage dans l’ordinateur : nous découvrons les photos panoramiques, discutons des cadrages (et si on imagine le 1er plan dans l’eau, y-a-t-il la place pour le reflet de la coque ?…) et des réglages (où mesurer la lumière dans un panoramique ? Comment faire la mise au point de nuit ? etc.)
Demain matin par gros coefficient de marée ce sera une autre histoire ! Il fera nuit ou presque, l’heure bleue sera courte, nous serons sans doute les pieds et trépieds dans l’eau, et faire une série de 7 à 9 photos de 30 secondes de pose prend un peu de temps !
Nous finirons la soirée au coucher du soleil sur la belle plage de Pen Hat pour nous laisser inspirer par les vagues et des photos moins stressantes techniquement !

Photo Joëlle Camus

Réalisation : Excitation et ivresse !

De bon matin avant l’heure bleue nous voilà à pied d’œuvre : nous découvrons la magie de ces vieilles épaves endormies dans la pénombre…. Comme prévu la mer a monté, nos trépieds seront dans l’eau ! Cerise sur le gâteau, la pleine lune s’invite dans nos cadrages… A la frontale, deux petits groupes se forment, dans une joyeuse organisation : « C’est bon je peux allumer pour ma mise au point ? » Réponse au tac au tac de l’autre côté d’une coque « Attends je suis en pose je te donne le top !». Au final, magnifique, avant la fin de l’heure bleue tout est dans la boîte pour chacun !

Photo Bruno Genestout

La lumière monte, il est temps de changer de regard et d’exercice : ce ne sont pas des « bateaux » que nous avons sous les yeux, ce sont de vieux corps fatigués portant les stigmates du temps. Fragments, indices, cicatrices… une nouvelle exploration visuelle commence, propice à une série photo sur les matières, couleurs, formes
Retour au gîte, après un bon petit déjeuner je propose une autre séance pour nous inspirer en images : projection d’une sélection de photographes de mer, autant de regards et d’expressions sur la puissance et la poésie de la mer.
Surprise de l’après-midi, nous partons explorer des grottes marines accessibles uniquement pendant les coefficients de grandes marées. Un autre lieu magique, des émotions fortes, surtout quand Françoise décide de rentrer quasiment à la nage avec son matériel photo (mais quelle idée Françoise !!?), le tout se finissant heureusement par une bonne rigolade !

Photo Françoise Guesdon

Photo Joëlle Camus

Photo Hervé Albert

Photo Joëlle Camus

Déambulations photographiques sur la plage

Après une belle heure bleue le matin dans le port de Camaret et une nouvelle séance sur les vieux langoustiers du port, direction la plage ! La plage à marée basse est un livre ouvert. Chacun y butine les sujets qui l’inspirent : motifs laissés par la mer sur le sable, galets colorés, strates tourmentées des grès, trainées d’écume des vagues… tout dans ces sujets simples d’apparence peut être prétexte à des compositions épurées et graphiques. L’heure est à la délicatesse, avant nous l’espérons, la furie des vagues ce soir.
Le soir nous retrouve sur la grande plage des surfeurs qui nous est familière maintenant. Cette fois les conditions sont superbes pour des images de vagues en contre-jour sur le soleil couchant, et la plage offre de beaux reflets colorés ! Gerbes d’écume et flares dans le contre-jour, filés sur les vagues, double exposition… nous nous en donnons à cœur joie !

Photo Hervé Albert

Photo Françoise Guesdon

Photo Françoise Guesdon

Photos Bruno Genestout

Photo Françoise Guesdon

Dans les dorsales de grès, pépites cachées de Crozon.

Ici pas de granit comme sur les côtes nord de Bretagne. Nous sommes sur les mêmes formations que les célèbres côtes de Galice ou de Cornouailles. Les roches métamorphiques alternent en strates de grès et de schistes. La mer fait son travail de sape sur les schistes, plus tendres. Restent les strates de grès, qui parfois s’avancent dans la mer en dorsales spectaculaires ou en écailles dressées dans le ciel. L’érosion est aussi à l’origine des arches et des grottes caractéristiques de la presqu’île (environ 450 grottes marines y ont été recensées !).
Une jolie balade côtière nous amène sur une petite plage cachée, à l’écart des spots touristiques. Nous y découvrons un magnifique terrain de jeu pour la photo de mer : les vagues de la marée montante s’engouffrent entre de puissantes dorsales de rocher, explosent sur des proues minérales dans un choc de titans… Nous sortons l’arsenal des trépieds, filtres, pour des variations en poses longues sur l’énergie de la mer.
Un des plaisirs de la mer est là, dans les variations infinies des énergies, entre assauts sauvages, caresses et plénitude du repos… Il faut pourtant nous résigner à conclure ce stage photo en Bretagne, autour d’une bonne crêpe et d’une bolée de cidre comme il se doit !

Photo Bruno Genestout

Photo Hervé Albert

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