Les Alpes au crépuscule photographiés du Semnoz

Bauges secrètes - retour de stage photo

Le plaisir de jouer à domicile

J’ai organisé mes premiers stages photo il y a plus de dix ans, chez moi, dans le massif des Bauges. Puis l’envie de photographier de nouveaux horizons m’a poussé à organiser des voyages photo plus lointains, en Norvège particulièrement. Rattrapé par la pandémie, j’ai remis en place ce stage photo dans les Bauges, axé sur la recherche d’ambiances hivernales. Il faut parfois qu’un événement extérieur, sur lequel nous n’avons pas prise, vienne nous botter le derrière pour nous faire réaliser combien notre environnement proche mérite qu’on s’y intéresse! C’est exactement ce qui vient de se passer pour moi.

rondeurs de la neige en stage photo dans le massif des Bauges en hiver

Des conditions parfaites, au début..

Il faut avouer que les hivers se suivent mais ne se ressemblent plus. Cette année, la neige est là, abondante et surtout elle tombe fréquemment, rechargeant les arbres et offrant des pages vierges dans le paysage. Nous n’étions pas confinés, la météo s’annonçait très bonne, avec ce qu’il faut de nuages pour animer le bleu du ciel. Les astres semblaient enfin s’aligner à nouveau, après ces mois difficiles de l’automne, pour que ce stage se déroule sous les meilleurs auspices. Afin de coller au mieux aux impératifs sanitaires, j’avais dédoublé les effectifs: trois photographes pour la session 1 du week-end, suivis par un couple de photographes en session 2, dans la semaine. Ainsi en mini-groupe, il était plus simple de respecter les fameux gestes barrières.

Session 1

Après un court brief pour m’assurer que chacun maîtrisait les bases techniques de la photo, nous sommes allés nous échauffer au Col des Prés, à quelques minutes en voiture de la maison (qui sert aussi de gîte). Au creux du col, une zone de prairie humide, bien sûr couverte de neige, offrait ses ondulations et ses courbes à nos objectifs. Et comme la Terre émet de la chaleur, qui dit humidité dit givrage: dans cette zone, les températures négatives des nuits précédentes ont favorisé l’émergence de gros cristaux de givre très esthétiques. Bref, il y avait de quoi s’amuser et batifoler dans la neige, ce qui semblait avoir manqué à certains!

Après un casse-croute au chaud, nous sommes allés terminer la journée en grimpant quelques centaines de mètres de dénivelé sur le Mont Margériaz qui sied juste en face du gîte. Nous chaussons les raquettes à neige et c’est parti pour une balade dans la forêt. Les arbres croulent sous la neige. Celle-ci tombe parfois en scintillant et les jeux de lumière avec le contre-jour du soleil sont superbes, on se croirait en Finlande! Mais j’ai une autre idée en tête et je motive la troupe pour continuer de monter, sortir au-dessus de la limite des arbres, dans l’alpage. Là-haut alors que le soleil commence à décliner, notre vue porte enfin au loin. Le reste des Bauges bien sûr, mais en rejoignant la crête de Margeriaz, c’est un beau morceau des Alpes qui s’ouvre devant nous. La Lauzière, Belledone et la Chartreuse, comme autant d’archipels, tandis que les basses-vallées restent plus ou moins prises dans les nuages. Nous photographierons ces beaux panoramas jusqu’à la tombée du jour. Coucher de soleil aux couleurs très chaudes, puis virage au rose-violacé qui précède l’heure bleue. Puis on reprend le chemin de la forêt, à la lampe frontale. Le froid est vif mais comme nous marchons d’un bon pas, nous avons assez chaud. Et il faut bien s’ouvrir l’appétit car ce soir, c’est diots à la polenta!

Fin d'après midi sur Margériaz, dans le massif des Bauges, en stage photo

retour de stage photo dans le massif des Bauges, en hiver

Le samedi matin, nous tentons une virée au bord du lac d’Annecy. Il fait plutôt beau, le ciel est à peine voilé et avec les températures froides, j’espère avoir de belles nappes de brumes à la surface de l’eau. Direction la réserve naturelle du Bout du Lac. Et ben, ça marche pas à tous les coups et c’est un gros flop. La brume est absente, le lac est vide, à part deux ou trois grèbes huppés trop loin. Même dans la réserve, l’ambiance n’est pas là. Allez c’est pas grave, on remonte dans les Bauges, prendre un repas chaud. Nous en avons bien besoin car cet après-midi, j’emmène le petit groupe dans le congélateur! Au fond d’un vallon bien encaissé, un torrent bondit entre les rochers. En hiver, le soleil n’arrive jamais jusqu’à l’eau et il fait donc un froid de canard ici. C’est exactement pour cette raison que nous sommes là, car l’eau gèle sur presque chaque rocher. Dentelles de diamants, stalactites ventrues et autres formes bizarres sont autant de points forts. Il ne reste plus qu’à composer nos images, en jouant de la focale, de la profondeur de champ, sans oublier la vitesse, pour filer plus ou moins l’eau liquide qui coule encore abondamment dans le torrent. C’est classique, mais l’exercice n’est pas si simple et il permet de se poser les bonnes questions et de prendre son temps.

glace et torrent de montagne durant un stage photo dans les Alpes

Vers 15h, j’avertis le groupe: nous allons bientôt changer de coin. Trois quart d’heure de route et de nombreux virages, nous voici au sommet du Semnoz. Cette montagne forme la pointe nord du massif des Bauges. Elle est assez isolée, d’aspect très jurassien. C’est surtout un formidable promontoire et un point de vue facile d’accès. D’ici on embrasse une bonne partie des Alpes du nord. Des Bornes-Aravis au Beaufortain, des plus hautes cimes de Vanoise jusqu’à quelques pointes des Écrins. Et bien sûr le Mont Blanc, en majesté. Les Bauges ne sont pourtant pas en reste, la disposition des montagnes depuis ce point étant plutôt agréable à cadrer je trouve. Le temps de sortir les trépieds et de s’installer que les couleurs s’animent: très vite le soleil fuit et le Mont Blanc devient tout rose alors que les montagnes moins élevées basculent déjà dans le bleu.. Le spectacle ravit tout le monde, mais que ça caille!! Il y a un petit vent glacial, allez, on rentre, ce soir c’est raclette!

Dimanche, dernier jour du stage photo. On se lève tôt puisque notre programme, c’est de remonter au Semnoz, pour le lever de soleil cette fois. Le temps a changé et il y a une belle couche de stratus entre 1000 et 1400 m environ.  Au sommet du Semnoz, nous dominons cette mer de nuages, voilà qui devrait être nickel, quand le soleil va sortir de derrière le Beaufortain. Mais c’est sans compter sur des nuages sur la frontière italienne, qui s’élèvent à mesure que le soleil tente de se montrer. La lumière est belle, mais les premiers rayons étaient trop filtrés, dommage. Finalement notre étoile gagne la course et nous inonde généreusement de lumière. Sous l’effet de la chaleur, le stratus se dilate par-ci par-là, offrant des jeux intéressants avec la forêt en contrebas. Nous passons finalement toute la matinée au Semnoz, avant de rentrer pour casser la croute au gîte et conclure ce premier stage.

jeux de brumes dans les forêts du Semnoz, durant un stage photo

Session 2

Cette fois, ce n’est pas la même! La météo est bouleversée, un bon flux de sud apporte chaleur et humidité. Il “pleige”, ce mélange triste de pluie et de neige… Comment diable trouver tout de même de quoi faire des photos? Le premier jour, nous visitons le “congélateur” mais il est en mode décongélation. Il reste quand même un peu de glace, assez pour pratiquer et faire des exercices, réfléchir et se creuser la tête pour trouver le cadrage ad-hoc. L’après-midi, nous prenons un peu de hauteur dans les forêts du Revard. Ambiance canadienne, en raquettes dans les grands bois, accueillis par une flopée de tarins des aulnes dans un mélèze. Nous travaillons des essais autours de quelques beaux arbres, un coup avec le fish-eye, jouant de la déformation pour forcer le trait, puis au 135mm à pleine ouverture jouer avec le bokeh et les très faibles profondeurs de champ.

Le lendemain, la météo toujours maussade me fait sortir un plan B. Je sais mes deux photographes curieux de photo animalière. Ce n’est pas la saison ni les bonnes conditions ici en Bauges. Mais je sais qu’en Maurienne, à 1h30 de route, on peut trouver des bouquetins étonnamment bas dans la vallée. Allez, c’est parti! Sur le site, les flancs de la montagne où doivent se trouver nos majestueux caprins sont pris dans un épais brouillard. Parfois il se déchire, je mets vite un coup de longue-vue pour essayer de préciser où ils se trouvent, mais rien. Heureusement, des agents de l’Office national des forêts nous tuyautent sur le secteur de prédilection. Nous montons, un peu péniblement dans une neige détrempée et après un ultime crapahut, voici quelques beaux mâles, de quoi faire quand même quelques photos. C’est une première avec cette espèce pour mes deux photographes qui sont donc heureux, même si franchement, je connais des bouquetins plus coopératifs! En début d’après-midi, nous redescendons et voici enfin des animaux aimables : peut-être ont-ils eu pitié de nous? Toujours est-il que trois superbes mâles défilent devant nous, en terrain facile, tranquillement.. Ahh c’est mieux comme ça!

Pour ce dernier jour, la neige est de retour. Très bien, nous allons pouvoir nous adonner à la photo minimaliste, dans les vastes espaces blancs de la Tourbière des Creusates. J’apprécie beaucoup ce lieu, quelle que soit la saison. Pour rejoindre cette zone ouverte, il nous faut d’abord traverser la belle forêt de Saint François. Avec la neige tombée cette nuit, les arbres croulent. Sapins et épicéas tiennent bon, mais les plus frêles parmi les hêtres, les érables et autres feuillus plient sous la masse blanche, immaculée. Le chemin zigzague sous les voûtes, on a vraiment l’impression de traverser une sorte de cathédrale naturelle. Finalement, une belle forêt, n’est-ce pas un peu ça? Arrivés en lisière, un bon petit blizzard nous souffle de la neige en pleine face. Hum, ça ne va pas être simple… Peu importe, nous cadrons les bosquets d’arbres qui s’égrainent ici ou là sur la tourbière. Ambiance fantomatique, les silhouettes disparaissent presque complètement, avant de redevenir plus nettes quand le brouillard se lève un brin. Une pause à l’abri d’un chalet d’alpage nous permet de boire un bon thé chaud, avant de s’amuser un moment dans le bois de hêtres tout proche. “Opération ICM”, le nom de code pour Mouvement Intentionnel de la Camera. Le but recherché est d’obtenir des photos avec un flou de bougé vertical le plus beau possible, filant les troncs. Avec la neige, nous photographions un univers en noir & blanc, que le mouvement tente de sublimer.

graphisme des sapins dans le brouillard, en stage photo dans les Bauges

Bilan

Une sagesse populaire montagnarde affirme que le temps change vite en montagne. Nous en aurons eu un bel exemple avec ces deux sessions du stage photo Bauges secrètes, qui se sont déroulées dans des conditions radicalement différentes. Au final, nos cinq photographes sont repartis heureux et avec des photos intéressantes à la clé (j’ai pu en voir depuis et il y a vraiment de belles images!). Quant à moi, j’ai pris un très grand plaisir à faire découvrir à mes hôtes mon jardin et j’ai moi-même re-découvert les Bauges, en tout cas ma motivation à photographier mon environnement proche.

Pour cette raison, j’ai décidé de programmer une session 3, du 26 au 28 février 2021, en espérant que nous ne serons pas confinés d’ici là. Et si c’est le cas, alors je vous donne rendez-vous dans les Bauges hivernales en janvier 2022!

Et si la photo de montagne vous passionne, jetez donc un coup d’oeil au voyage photo Géants des Alpes et au stage photo Mont Blanc.

 

Sylvain

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